Des manifestants rassemblés pour réclamer la levée de l'interdiction du groupe Palestine Action, à Trafalgar Square, dans le centre de Londres, le 11 avril 2026 ( AFP / CARLOS JASSO )
La justice britannique a validé lundi en appel l'interdiction du groupe Palestine Action, dont le classement comme organisation terroriste par le gouvernement en juillet 2025 a conduit la police à arrêter plus de 3.000 de ses soutiens.
La décision du ministère de l'Intérieur était "proportionnée" et "n'était pas illégale", a tranché la Cour d'appel.
La juge Sue Carr a souligné que l'interdiction du groupe propalestinien et son classement comme organisation terroriste étaient "hautement controversés". "Mais c'est une erreur fondamentale de négliger le fait que Palestine Action promeut une violence illégale qui s'apparente au terrorisme", a-t-elle ajouté.
Les actions de Palestine Action "ne sont pas compatibles avec les valeurs démocratiques et l'État de droit", a affirmé la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood après le jugement.
La cofondatrice du groupe, Huda Ammori, a annoncé son intention de présenter un recours devant la Cour suprême et "si besoin" devant la Cour européenne des droits de l'Homme. "Nous ne cesserons pas de nous battre pour que cette interdiction soit levée" et "surtout, pour une Palestine libre", a-t-elle écrit sur X.
Le gouvernement du travailliste Keir Starmer avait classé Palestine Action comme "terroriste" - au même titre qu'Al-Qaïda, le Hezbollah ou l'Armée républicaine irlandaise (IRA) - après que des militants aient pris pour cible une base de la Royal Air Force en juin 2025 et l'entreprise d'armement israélienne Elbit Systems en août 2024.
En première instance, en février, la Haute Cour de Londres avait jugé "disproportionnée" l'interdiction, estimant qu'elle portait "atteinte" aux droits à la liberté d'expression et à la réunion. Le Home Office avait aussitôt fait appel.
La décision était particulièrement attendue par les centaines de personnes inculpées pour avoir affiché leur soutien à Palestine Action lors des nombreuses manifestations qui ont eu lieu à travers le Royaume-Uni après son interdiction.
"Autoritarisme"
Parmi elles, Chris Haughton, un Londonien de 47 ans, inculpé en juillet et en août pour avoir brandi la pancarte proscrite "Je m'oppose au génocide, je soutiens Palestine Action". "Je suis un auteur de livre pour enfants, je ne suis pas un terroriste", a-t-il dit à l'AFP, lors d'une manifestation devant le tribunal.
Palestine Action est "un groupe d'action non violente. Nous sommes contre le génocide, nous essayons de stopper la violence", a-t-il poursuivi. Pour lui, la décision de la Cour d'appel relève "tout simplement de l'autoritarisme".
"Je pourrais désormais aller en prison. C'est peu probable, mais plus impossible", a-t-il souligné.
En milieu d'après-midi lundi, une soixantaine de personnes arborant la pancarte avaient été arrêtées par la police.
Depuis l'interdiction, toute expression de soutien à Palestine Action est passible de peines allant jusqu'à six mois de prison, tandis que l'appartenance au groupe ou l'organisation d'évènements de soutien peut entraîner jusqu'à 14 ans d'emprisonnement.
Quatre militants qui étaient poursuivis pour les dégradations sur l'usine d'Elbit Systems ont été condamnés à des peines allant de 5 à 7 ans d'emprisonnement pour cette action considérée comme "terroriste" par le juge.
"Il y a de la frustration et de la colère" après le jugement de la cour d'appel, "mais je sais que nous avons raison", a dit à l'AFP une manifestante, Holly Rowe, une horticultrice. "Plus ils nous oppriment, plus nous nous battrons pour la justice", a ajouté cette Britannique de 35 ans.
Pour Tom Southerden, directeur du programme juridique d'Amnesty International Royaume-Uni, cette décision "constitue une nouvelle étape dans la répression continue du droit de manifester dans ce pays".
Au total, plus de 3.400 personnes ont été arrêtées - aussi bien des étudiants qu'un pasteur à la retraite de 83 ans - depuis juillet lors des nombreuses manifestations de soutien au groupe, selon l'association Defend Our Juries qui les organise.
Créé en 2020, Palestine Action a gagné en visibilité après le début de la guerre dans la bande de Gaza, provoquée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
La guerre de représailles lancée par Israël a fait des dizaines de milliers de morts et lui vaut des accusations de "génocide" envers les Palestiniens. Israël rejette ces accusations.

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